10ème jour – le 16 mai – de retour d’Autistan*!

Pieds de la cathédrale, 7h45, ciel bleu, l’odeur de l’air frais matinal avant la chaude journée.

Aujourd’hui, je sors l’arme fatale : le badge!

Tout à coup, de colporteur, je deviens guide de vos premiers pas. Au lieu de s’écarter, les pèlerins me demandent de les prendre en photos, de m’indiquer où part le chemin. Je prends des photos et deviens expert « ès smartphone » et autres appareils numériques. J’affine mes indications et leur explique le chemin balisé des coquilles en bronze incrustées dans le sol.

Les pèlerins partis, je me retrouve seul.  Personne à accompagner aujourd’hui, malgré les nombreux échanges, ce matin.

Je rassemble pourtant chaque soir mes forces pour surmonter ma timidité et mon angoisse, me présenter au Camino et rencontrer d’hypothétiques amateurs. Je me prends pour Josef Schovanek, philosophe, autiste, grand voyageur, explorateur du monde de la normalité. Ne sachant comment aborder les inconnus, je suis pris d’une peur viscérale lors de la rencontre avec l’autre. Peut-être me perçoit-on comme une sorte d’autiste, une anormalité dans un monde normé, normaté, formaté? Alors, le badge, c’est l’arme décisive pour revenir dans un monde compréhensible. Tout de suite, on comprend que je suis quelqu’un de sérieux, qui fait partie de l’organisation de la société, en qui on peut avoir confiance. J’ai enfin une étiquette.

Suis-je sorti de l’Autistan, ce pays où l’autisme est la norme d’où je regarde parfois le monde me demandant ce qui est finalement normal? Ou suis-je simplement un Don Quichotte? Le sens de cette aventure serait-il simplement de comprendre ?

*Voyages en Autistan. Chroniques des « Carnets du monde », Josef Schovanec. Plon 2015