17ème jour – 23 mai – Marcher pour naître, pour renaître.

Lundi 22 mai 2017-  22h – hôpital Emile Roux.

Nous marchons autour de l’hôpital. Le soleil se couche. L’air est doux, léger. Nous sommes seuls. Les chambres sont dans l’ombre. Leurs occupants vivent la solitude face à leur souffrance. Le mouvement lent de nos pas rappelle le mouvement perpétuel de la vie. Des vies s’éteignent pendant que de nouvelles apparaissent. Le ventre de la future maman se fait lourd. Nous marchons pour prendre l’air, pour dissiper l’inquiétude des heures à venir. L’accouchement est provoqué. Combien de temps va durer l’attente, le travail, la douleur? Marcher pour sentir la vie, pour aider la vie, pour donner la vie.

Mardi 23 mai 2017 – 9h – une salle de maternité.

Mes larmes coulent doucement. Dans la pénombre de cette pièce remplie de couveuses, respirateur, aspirateur et appareillage indéfini à mes yeux, je suis allongé dans un fauteuil en skaï, le torse nu, recouvert d’une couverture, tenant contre ma peau un petit être, fragile, tout chaud. Il pousse de légers petits cris, plaintifs, de petits soupirs. Il bouge légèrement. Par de petits mouvements des jambes, il grimpe le long de mon ventre, me regarde. Il m’explique sa première découverte du monde, ses premiers pas. Charles est né une demi-heure plus tôt. Sa maman est en salle de réveil après un accouchement pénible terminé par une césarienne.
Je tiens au chaud ce petit mammifère, pour ses premiers contacts avec le monde terrestre. Je ne peux m’empêcher de penser à mes premières heures dont je n’ai plus le souvenir. Pourtant notre cerveau mémorise ces premiers instants comme les autres, en impressions, tout sens en éveil, enfuis dans notre cerveau reptilien. Aspire-t-on à revivre sa vie intra-utérine, sa naissance, sa vie autrement ? Combien sont-ils sur le chemin de Saint Jacques à marcher pour renaitre ? Au fil des siècles, les pèlerins marchent dans l’espoir d’une guérison. Au fil des jours de marche, nous enlevons nos pelures d’oignons, accumulées par les expériences, des pelures les plus sèches au cœur tendre et juteux du début de la vie. Chaque pas dans la nature ouvre mes sens, redonne le goût des choses simples, naturelles, des premiers pas du petit mammifère.
Renaitre, à la recherche de ces moments oubliés où les besoins sont simples. Lors des périodes les plus difficiles de mon burn out, seule la marche me permettait de revenir à moi, de me reconnecter à ces sensations naturelles, la fatigue physique, la soif, la faim, la chaleur, le froid, la pluie, le vent, les odeurs de la nature, le chant des oiseaux, des feuilles, de l’eau, la vue apaisante des arbres, par une marche lente à mon rythme.
Renaitre, tel le phénix renait de ses cendres. Le burn out est le résultat d’une personnalité corrompue par les croyances d’un rôle à jouer, le poids d’une éducation, les mirages d’une société superficielle basée sur la performance, la marchandisation des besoins. Toujours plus. Croître à en oublier ses racines, comme la plante cultivée hors sol. La méditation m’a permis de descendre les marches de mon intériorité, cette marche lente au rythme de ma respiration pour découvrir les sources de l’apaisement. Et peut-être renaître.
L’arrivée et l’accueil de cet enfant ne me permettront pas de poursuivre l’accompagnement des randonneurs ce printemps.